
La socialisation
Dès l’adoption d’un chiot c’est l’une des premières choses dont tout le monde nous parle, la fameuse socialisation !
Si cette étape est cruciale et indispensable pour que Crockdur devienne un chien bien dans ses pattes, ce n'est pas toujours simple de savoir comment s’y prendre.
De quoi parle-t-on ?
Définition et objectifs de la socialisation
La socialisation se définit par l’exposition d’un chiot ou d’un chien à une variété de situations différentes dans le but de diminuer la peur et l’agressivité et promouvoir la convivialité.
Si on regarde ça de façon plus simple, plus abordable, on veut aider notre chiot à considérer de façon positive ce qu’il va rencontrer au cours de sa future vie de chien de compagnie.
Dans la tête d’un chiot
Lors de sa formation, le cerveau se développe de façon à permettre aux animaux de produire une réponse appropriée à leur environnement. À l’âge adulte, ils ne peuvent pas examiner sans cesse les situations pour évaluer si elles sont dangereuses ou non. Ainsi, les situations vécues lors des périodes sensibles prennent tout leur sens et ont tout intérêt à être perçues de façon positive.
Si la majorité des neurones existent dès la naissance, les connexions entre eux se développent au cours des premières semaines de vie. La plasticité cérébrale diminue dès l’âge de 4 mois. Ainsi, le chiot ne va pas sauvegarder toutes les connexions créées par les synapses ; un tri va s’opérer pour ne conserver que les connexions les plus souvent utilisées.
Ces connexions ne seront malheureusement pas forcément celles qui concernent les meilleures expériences, mais bien celles des expériences les plus fréquentes ! Il est donc vraiment important de soigner au maximum les expériences vécues par Crockdur lors de son jeune âge !
Les phases de la socialisation
La socialisation comporte plusieurs phases : la phase primaire jusqu’à l’âge de 5 semaines environ permet au chiot de s’identifier et d’agir comme un chien. Il s’imprègne également de sa race et de ses particularités. La seconde phase pousse le chiot à s’intéresser aux autres espèces et l’incite à entrer en interaction avec elles ; il va progressivement les intégrer dans son tissu social.
Il est important de distinguer la socialisation (= social) qui est relative à un groupe d’individus et à leur rapport entre eux et la sociabilisation (= sociable) qui est la capacité à vivre en société et à avoir des relations faciles, en recherchant la compagnie.
Un chien ne peut être sociable sans avoir eu une bonne socialisation. Par contre, l’inverse n’est pas forcément vrai : Crockdur peut avoir eu une très bonne socialisation et ne pas être un individu sociable pour autant. Il existe de grandes disparités au sein des races et des individus sur ce point-là !
Les idées reçues sur la socialisation
La socialisation est un sujet assez clivant, sur lequel on entend généralement bon nombres d’idées qui ont la vie dure. Petit tour d’horizon de ce qu’on entend le plus, mais qui n’est pas forcément le plus adapté.
Emmener son chien partout : les sorties destinées à socialiser le chiot doivent être construites, avec des objectifs précis et d’une durée relativement courte, car elles sont coûteuses pour lui en termes d’émotions et d’énergie. Le chiot a également besoin de faire des sorties pour répondre à ses propres besoins canins : explorer, renifler, creuser, etc. Les sorties de socialisation demandent aussi beaucoup d’attention pour l’humain, qui doit être attentif à son chiot et prêt à l’aider si besoin.
Lui faire rencontrer X chiens/personnes : la socialisation ne se termine pas à une date donnée ou lorsque Crockdur aura rencontré 30 humains et/ou 50 chiens, par exemple. Tout ce que le chiot va rencontrer au cours de sa première année de vie va être déterminant pour la suite, mais il apprendra toute sa vie. En somme, la socialisation ne sera jamais réellement terminée.
Dire bonjour à tout le monde : de la même façon qu’on ne souhaite pas que son enfant aille faire la bise à tous les passants croisés dans la rue, il en va de même pour notre chien ! Il y a un risque de mauvaise expérience en allant rencontrer toutes les personnes ou les chiens croisés en extérieur. Le croisement de congénères ou d’humains doit rester neutre, et notre chiot doit être capable d’ignorer ce stimulus et parfois seulement d’aller au contact pour une interaction. Ce sera à toi de devenir l’avocat de ton chien et d’apprendre à dire non pour que ton chien ne soit pas sans cesse touché par des inconnus.
Attendre les vaccins pour sortir : cette idée-là est encore beaucoup véhiculée, notamment dans le milieu vétérinaire. On sait aujourd’hui, études à l’appui, que les problèmes de comportement (non infectieux) sont la première cause de mortalité chez le chien de moins de 3 ans. Les chiens les moins socialisés ont tendance à être plus craintifs et sont plus susceptibles de mordre. Ils sont donc plus à même d’être euthanasiés ou abandonnés. Le moment crucial pour la socialisation du chiot est très court, jusqu’à 4 mois environ, il ne faut donc pas attendre que tous les vaccins soient réalisés pour commencer la socia, tu risquerais de rater un moment très important. Pour limiter les risques de maladies, il est tout de même possible de prendre quelques précautions : utiliser des tapis à poser au sol (et à laver très souvent !) en extérieur pour se poser et observer, éviter les rencontres directes avec les congénères (mais pas l’exposition !), ne pas le laisser boire en extérieur ou manger des crottes.
J’ai un autre chien, il sera OK chiens ? Pas nécessairement ! Une espèce ne se résume pas à un seul individu ! Le chien de la maison sera peut être très tolérant avec lui, contrairement aux autres chiens inconnus. Et tous les chiens ne sont pas de bons communicants : le chien de la famille ne va pas forcément lui transmettre de bonnes habitudes pour communiquer. De plus, il existe une grande diversité visuelle entre les différentes races de chiens. Un carlin au nez écrasé ne communique pas de la même façon qu’un berger par exemple, il est donc primordial que Crockdur côtoie toutes sortes de chiens, aux physiques différents afin d’appréhender au mieux ses congénères quelle que soit leur morphologie. Et encore une fois, on parle d’exposition, pas nécessairement d’interactions directes.
Comment faire une bonne socialisation ?
Absence de règles strictes
Il n’existe pas de règles strictes concernant la socialisation de Crockdur, pas de liste à cocher avec X situations différentes. Il faut plutôt l’envisager comme un guide, avec un fil rouge à suivre sur la durée. Ton seul objectif doit être d’aider ton chiot à faire des associations positives avec les situations qu’il va rencontrer dans sa future vie de chien.
Je t’invite à réfléchir aux situations que tu vas rencontrer avec ton chien lorsqu’il sera adulte, et en fonction de ça, découper ton objectif final en micro étapes accessibles pour ton chiot.
Si par exemple tu aimes partir en camping-car tous les week-ends et que tu comptes emmener ton chien, il faudra donc qu’il apprenne à considérer les voyages en voiture comme quelque chose de très cool et agréable. Il faudra également travailler le fait qu’il sache rester dedans plusieurs minutes puis plusieurs heures, qu’il apprenne à ne pas aboyer sur tous les voisins qui auront peut-être des chiens, etc.
Ton plan de travail pour les sorties de socialisation devra être construit en fonction de ton objectif final. Inutile de lui faire découvrir la ville durant 5 séances si tu n’y vas jamais, une ou deux séances suffiront largement !
Comment faire ?
Il existe deux grands types de sorties à mettre en place avec son chiot.
Les sorties du quotidien, de « décompression » : elles vont permettre au chiot d’exprimer ses comportements canins comme renifler, explorer, creuser, etc. Ce seront des sorties avec peu de stimulations, leur objectif étant simplement de permettre au chiot d’être un chien. Ces sorties peuvent être un peu longues (30 à 60 min) du moment qu’on suit le rythme du chien sans lui imposer le nôtre (cf article « Les premières balades »).
Les sorties de socialisation : elles auront lieu dans un endroit sélectionné au préalable (horaire, lieu précis, etc.) et auront un objectif concret, pour exposer le chiot au monde. Il est très important que ces sorties-là soient plutôt courtes (15/30min) et que tu sois prêt à arrêter, faire demi-tour ou encore ne pas sortir si le moment ne s’y prête pas. Au-delà d’une certaine durée, ton chiot sera fatigué et risque fort de présenter des comportements indésirables, simplement parce que cela lui aura demandé trop d’énergie. Or, on l’a vu, il est primordial de faire un maximum d’associations positives !
Les outils utilisés seront également importants. Pour faire des associations positives, il faudra trouver le bon renforçateur pour Crockdur.
Utiliser une friandise ou un jouet s’il adooooore jouer te permettra également de jauger l’état émotionnel de ton chiot. Lorsque le seuil de stress est trop élevé, les chiens ne sont souvent plus capables de prendre la nourriture ou même de jouer, ce qui est un indicateur précieux pour t’aider à le sortir d’une situation émotionnellement difficile.
Tu peux aussi avoir recours à d’autres outils très utiles pour la socia de Crockdur : utilisation d’une poussette ou d’un sac de transport, la laisse et/ou la longe mais aussi la voiture ou la caisse de transport. Ces outils peuvent être particulièrement intéressants pour exposer ton chiot à différentes situations tout en étant protégé et en lui évitant d’aller au contact de congénères, d’enfants ou d’autres animaux, par exemple.
À l’extérieur du foyer, il faudra choisir le lieu et le moment adapté. Avant la sortie, tu auras pris soin de définir un objectif pour la séance (travailler avec les humains, les autres chiens ou les voitures, par exemple) et surtout des critères précis en fonction de tes priorités concernant la socialisation de Crockdur (ton fameux fil rouge !). J’entends par critères des points importants à surveiller :
Est-ce que cette sortie répond à une des priorités que j’ai pour sa socialisation ?
As-tu suffisamment d’espace pour prendre de la distance vis-à-vis du stimulus si besoin ?
As-tu prévu une porte de sortie pour éviter d’être en contact avec le stimulus si besoin ?
Le point le plus important à mon sens est d’accepter de renoncer et de faire demi-tour ou encore de rester dans ma voiture si la situation l’impose. Si par exemple mon chiot est très mal à l’aise ou si ce jour-là il y a trop de stimulations par rapport à ce que j’avais prévu. Encore une fois, on veut faire des associations positives, il vaut mieux différer et reporter sa sortie que mettre son chiot en difficulté !
Écoute le podcast de la Niche Aventure.
Amélie et Claire (élève instructrice Lumos Puppy Instructeur) parlent en détails de la socialisation
La socialisation et l’éducation sont indissociables et ont lieu en même temps.
On ne peut pas réaliser l’une sans l’autre, ce sont deux processus entremêlés qui vont s’influencer mutuellement.
En grandissant, souvent vers 5-6 mois, l’environnement prend énormément de valeur aux yeux du chiot : congénères à rencontrer, odeurs à pister, mouvement à contrôler, etc. Il faut donc profiter des premiers mois pour construire un maximum d’apprentissages et faire en sorte que l’humain ait lui aussi de la valeur à ses yeux. Cela facilitera ce passage délicat en permettant au chiot de se connecter quand même à son humain malgré l’attrait de l’extérieur.
L’autrice de l’article
Je suis Emilie, comportementaliste et éducatrice canin dans la région d’Annecy. Complici’mots est la fusion de "complicité" et de "mots", parce que j’aime transmettre et expliquer et vous aider à mettre en avant la complicité avec votre chien. J’ai à coeur de vous aider à mettre en place une relation harmonieuse, basée sur le respect et la coopération.
Parce que je suis intimement convaincue qu’il vaut mieux mettre en place tout de suite de bonnes habitudes, j'ai fait le choix de me spécialiser dans l’accompagnement des chiots et chiens de famille. Je propose des cours individuels pour chiots et chiens adultes, des balades éducatives et des ateliers thématiques de prévention à la morsure destinés aux enfants.
Je partage ma vie avec de nombreux animaux de tous poils mais c’est ma chienne Java, berger australien de 10 ans qui m’a poussée à m’intéresser au chien pour mieux le comprendre. Sensible et réactive, elle m’a incitée à me remettre en question jusqu’à en faire mon métier pour transmettre et aider d’autres familles à mieux comprendre leur compagnon.